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9 novembre 2009

Pascal Houdart, photographe, auteur. Univers Confidentiels

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Une femme rêve, se baigne, s'offre dans la nature au regard du photographe. Le sujet est originel, attaché à la peinture et à la photographie comme l'ombre l'est au corps. Autant dire qu'il a, pour l'auteur comme pour celui qui regarde, l'attrait de l'intouché, de ce qui reste inaltéré alors même que chacun s'y mesure. Par leur titre, les Univers confidentiels de Pascal Houdart embrassent donc dans un oxymore proustien, non seulement le cosmos et le cosmétique, l'humus et l'humain, mais une expérience somme toute commune de la nature mêlée de la quête de souvenirs intimes. Entre le Loir-et-Cher et la forêt de Fontainebleau, l'espace qu'il a choisi est tout le contraire de l'exotisme culturel ou social qui gouverne aujourd'hui notre appétit d'images. Son esthétique trouve ses racines dans cette grande veine mélancolique et mystique qui, de Caspar David Friedrich à l'école de Barbizon, traverse le XIXe siècle en ouvrant la voie de l'impressionnisme. Par son goût pour le motif et la promenade, Houdart est donc plus proche de Rousseau — Jean-Jacques comme Théodore — ou de Constable que des orientalistes.

 

25g_sRGBParce qu'elles n'ont pas vocation à défrayer la chronique de l'instant, il y a de fortes chances que ces images paraissent au premier regard un peu "déjà vues". Il faudrait s'interroger sur ce dont nous détourne notre goût en réclamant toujours davantage de surprises. On peut croire que ces ruptures successives que prône l'art d'aujourd'hui privent notre imaginaire d'importants points d'ancrages de la mémoire. Ou, pire encore, qu'il ne peut subsister d'autres histoires du regard que celle qui se fait l'instrument de la vogue. Les photographies de Pascal Houdart agissent à l'inverse. Elles nous parviennent chargées d'une histoire qu'elles ambitionnent plutôt d'exalter que de refouler. Mais cette hospitalité pour le “don des morts"(1) n'est pas seulement une affaire d'esthétique.  C'est aussi une règle de vie que Pascal Houdart applique à sa relation avec la nature. Ici, la tour en ruines d'un château jamais achevé ; là un champs travaillé par des générations de paysans ; quelque noyer préservé au milieu des labours ; ou encore un fragment de nature vierge que, siècle après siècle, la sagesse des hommes s'accorde à conserver tel quel… Nous savons tous combien, au détour d'une promenade, un lieu peut tout-à-coup se charger de mystère pour devenir le motif d'une véritable rémanence. La prise du lieu sur nous- même n'est plus alors seulement pittoresque mais existentielle. Ce déjà vu-là n'est pas le fruit d'un regard mal éduqué. C'est une invitation à une expérience ontologique semblable à celle à laquelle nous convie encore le XVIIe siècle dans ses paysages ou ses vanités.

Qu'une femme se baigne, rêve ou s'offre dans la nature, et d'emblée le cœur est frappé de ravissement et de mélancolie.

Camille Saint-Jacques, décembre 2000.
(1) : Le Don des morts, Danielle Sallenave, éd. Gallimard, 1991. 
 

  ©Pascal Houdar

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