Zine Abdellatif sport art

Dimanche 5 juin... 5... chiffre du mouvement..., du voyage aujourd'hui en l'occurence, date ancrée dans ma mémoire. Débarquée depuis quelques minutes à Casablanca...

Formalités de douane ultra rapides et me voici poussant mon chariot à bagages, à la recherche du chauffeur de Zine.
Mais... qui est Zine?
- Zine : le roi des peintres au Maroc, Abdellatif ZINE, je l'ai rencontré il y a quelques mois, le soir du vernissage de l'expo "sur les rives du fleuve Congo", au Musée du Quai Branly.

Prince Mahjoub, notre hôte, convie ensuite son ami Zine à nous retrouver dans mon quartier aux Batignolles, à une grande tablée du Bistrot des Vignes. Zine nous parle alors de son travail d'artiste, de sa conception de l'art contemporain. Un personnage éloquent, passionnant, d'une énergie incroyable. Il m'interpelle du haut de ses années révolues.

Depuis, sur près de quatre mois, nous nous sommes revus au sujet d'un projet qui lui tient à coeur : la création du premier Salon d'Art Contemporain Arabe, à Marrakech / Casa. L'idée a fait du chemin et me voici à Casablanca, pour quelques semaines d'audit et de consulting, au sein de sa galerie où il a installé l'agence Sud Events, qu'il préside entre autres.

Oh, mais je vois mon nom en gros feutre sur un panneau blanc "MARIE LARAN GERA"... Madame est serviE. Hassan, au sourire éclatant m'attend timidement. Nous voici sur la route vers Mohammedia, lieu de vie de la famille Zine, avec Adriano Celentano... oui oui, lui en personne... qui piaffe à tue tête "lasciate me câantaaré..." sur Chada FM.

Je suis rassurée, je n'avais pas encore l'adresse où j'allais rester ce soir car tout s'est finalement décidé en dernière minute... Mohammedia est une jolie ville résidentielle au bord de mer. Une raffinerie pointe le bout de ses tours au loin, des usines alentours gâchent un peu le paysage bordé de champs où les vaches éparses cotoient les ânes et les chiens errants.

Agnès, charmante épouse de l'artiste, m'accueille avec toute la douceur qui la caractérise dès son prénom. Arrivée une heure plus tôt de Bordeaux, elle a laissé de côté sa fatigue, pour me recevoir comme une reine dans leur jolie villa. Je prends possession de ma chambre à l'étage et découvre ensuite les oeuvres de grandes mesures, aux palettes infinies, fièrement accrochées dans le salon, puis organisées partout dans la villa. Petit détail au passage, le travail des cadres des tableaux est exceptionnel et me rappelle l'incroyable richesse de ceux d'une précédente expo de Pierre et Gilles au musée du Jeu de Paume. Zine ressemble à son travail. Du mouvement perpétuel, de la couleur, des coups de pinceaux emportés mais précis. L'âme de l'artiste est sensible et profonde. Du semi-figuratif avec ses "Femmes au hammam", de ci, de là, l'on devine des montures nobles montées de chevaliers tourbillonnant, dans une fantasia orchestrée. Sur le patio, l'on passe au conceptuel avec sa période "Sport art", l'un des mouvements qu'il a créé avec les Gnawas. Davantage d'information sur ce mouvement à l'adresse suivante:  http://www.zineart.ma/Sport-Art.html

Restons y sur le patio... Agnès m'offre un thé à la menthe avec une farandole de gâteaux au miel et fleurs d'oranger. Du pur bonheur pour une immersion délices. Femme curieuse de l'humain et brillante, elle me délivre entre autres, l'économie locale. La vie ici est faite de contrastes, du smic à 250 euros aux étals des grands noms du luxe français, le gap est énorme, sans juste milieu. Nous sommes entourées de deux grands bergers, à l'aboiement rauque et facile dès que quelqu'un entre dans la propriété. Deux ours à câliner, jaloux lorsque l'on s'occupe de l'autre, ils se pâment au sol tels de gros chats, les pattes en l'air. Des chats... quatre je crois, s'affichent en maîtres des lieux. Une maman et son lutin de trois mois, velu caramel et vanille. Un autre miaou tendre et une Fofolle, grande fille de la maman, pas si sauvage car elle prend plaisir à se frotter aux mollets blancs de la parisienne.

Zine est arrivé, passons à table. Les dames de maison sont deux soeurs, frêles, la cinquantaine peut-être, juchées sur leur corps de pré-ados. Deux Thérèse au regard angélique. Elles nous ont concocté une entrée fraîcheur, julienne de carottes au citron, de la salade verte, et encore une autre entrée servie dans une faïence bleu outremer, raffinée et précieuse. Passons au plat, une spécialité locale faite de boulettes de viande dans un plat à tagine avec une sauce aux épices. De subtiles saveurs, un vrai régal. Je suis tellement bien arrivée qu'au petit matin suivant, je lève la maisonnée à 6h00. Mon téléphone me joue des tours, je l'ai mal programmé ce fichu réveil avec le décalage. Agnès, toujours aussi agréable ne m'en tient pas rigueur et me tient compagnie dans le jardin jusque l'arrivée d'Hassan qui va me conduire au bureau de Casablanca...

Nous voici à nouveau sur l'autoroute avec Adriano Celentano... Entrée guidée sur Casa, le port, la Mosquée Hassan II se dresse fièrement sur une immense esplanade. Je suis impressionnée par les milliers de zéliges qui l'ornent. Allez oui d'accord... je sors pour un cliché... Après les pavés des grands palaces, nous piquons vers le centre. Les nuages sont bas dans le ciel, Casa me présente un habit gris. Les façades des immeubles de style art deco ou neo classique, se laissent teinter de cendre depuis les années 20 / 30. Dommage. Nous longeons des avenues bordées de palmiers, de grandes bâtissent s'érigent de part et d'autre. Les écoles américaine, espagnole, française, etc... une église blanche parée de deux clochers, jusque l'ambassade de France, à deux pas de la galerie.

La galerie de Zine... Au détour d'Alpha 55, les Galeries Lafayette locales, se présente la rue Al Araar, tapissée de pavés fondus sur de la terre battue, dotée de semi trottoirs cahotants défoncés, d'à peine 50 cm de large. Au 74, la galerie blanc éclatant, jure avec les sombres ateliers des menuisiers voisins, improvisés dans des garages.

Entrons dans l'immaculée demeure des tableaux de Zine. Bel endroit, belles énergies. Je fais la connaissance de Dali, directrice de projet. Bahija, une magnifique brune aux cheveux bouclés, calme et posée, est la collaboratrice personnelle de Zine. Halane la jeune stagiaire ressemble à une mini mannequin sortie d'un défilé de cosmétiques. Btissam, l'infographiste est une fille timide, qui semble un peu absente. Tellement absente d'ailleurs qu'elle a disparu du jour au lendemain avec Halane. Oh SaÏd, j'oublie Saïd, mon guide des premiers jours, le coordinateur de l'équipe. Ex-journaliste culturel, il travaille avec Zine depuis 16 ans et traduit tous les textes en langue arabe. La directrice marketing et communication, Alwane, fille de Zine et Agnès, devrait arriver dans deux semaine avec son époux.

Le travail s'annonce fastidieux, un commercial et deux autres personnes devraient intégrer l'équipe dans les jours à venir. Image quand tu nous tiens... Zine a l'oeil pointu, exigeant, ce fameux logo pour l'event n'aboutit pas pour le moment, les graphistes se suivent... Simon le DA s'y penche depuis des semaines déjà.

Ce premier lundi, je vais donc prendre possession de mon futur appart. Nous voici montés avec M., au 8ème étage d'un immeuble art déco, à l'autre bout de la ville.
M.B., le proprio nous attend. Grand espace, catégorie luxe, trois canapés pour asseoir jusque 17 personnes, une cuisine équipée, grande chambre, et... une immense terrasse surplombant la ville.

La lumière le transperce de part et d'autre. Le fils M.B. m'explique les détails, tandis que le petit fils M.B., s'approprie les lieux du haut de ses cinq ans. Tout prend forme.

Après quelques courses le soir chez l'épicier du coin, achalandé comme un super-marché, dont le comptoir mesure à peine un mètre, je découvre l'appartement avec un regard neuf. Au mardi matin... sereine sous la douche, j'aperçois un co-locataire, puis deux... tétanisée, les sons s'absentent de ma gorge. Deux cafards se baladent lestement sur le carrelage. Des cafards? oui, des cafards obèses de quatre à cinq centimètres de long. Je vous épargne les envies de meurtres mêlées à l'effroi du moment. Ils disparaissent et moi aussi, je file à la galerie sans tarder, de peur de les croiser. M.B. qui se targue de posséder tout l'immeuble, s'en prend plein les oreilles par Zine et est prié de faire le nécessaire pour exterminer ces monstres au lieu de m'installer la parabole avec des centaines de chaînes dont je n'ai rien à cirer. Le soir, tout semble rentré dans l'ordre. Je n'ai pas d'autre solution pour le moment que de rester, Casa est nantie de cafards, comme Paris de souris et NewYork de puces, chacun sa bête et moi ma crainte. Dans la plupart des rues, l'on peut slalomer autour des carcasses de ces horribles cadavres séchés au soleil sous les bougainvilliers fleuris. La ville des contrastes. Les chats aussi déssèchent au soleil, perchés comme des aristochats jazzy sur les bennes à ordures décapitées de leur couvercle, où les déchets de nourriture débordent sans gêne aucune et dégueulent sur les trottoirs. Les services de propreté de la ville sont certainement en grève une partie de la journée à longueur d' année. Personne ne sait pourquoi ils ne passent pas régulièrement, et quand ils passent, il est parfois plus de 17h00, l'heure où la chaleur de la ville est bien ancrée sur le bitume et les rues défoncées.

Cette première semaine s'est donc passée à auditer à l'agence, palier aux besoins de téléphone local et autres démarches. Saïd me fait découvrir le midi une gargote près de la galerie, où l'on mange des tajines au poulet, garnies de... frites. Dalila m'a fournie en amandes grillées fumées et autres sachets d'arachides, de son fournisseur préféré. Certains soirs, M, un petit bonhomme, coiffé d'une casquette de titi, me conte ses 70 ans, une vie entourée d'artistes, à Paris, Casa. Une vie empreinte dans les vieilles photos jaunies, qu'il sort de son portefeuille pour justifier ses propos au fur et à mesure. Sa Jeanne parisienne, amour perdu depuis des décennies, une coiffeuse amoureuse de lui, au poids bien charnu et caractère bien trempé, hante encore son esprit. Depuis, il craint les femmes et vit seul, avec un homme. Bahija m'organise une grande balade par soir, un détour historique et souks, sur le chemin du retour.

Mercredi en cherchant un désimlockeur pour mon vieux nokia, je me suis trouvée au marché Badr, à quelques encablures de la maison. Un mini souk organisé avec des marchands de pain, de salades bien portantes, des tailleurs aux mains piquées par leur machine.A l'étage, un vendeur de téléphones et ordinateurs montés avec des pièces datant... sans date! un bric à broc suintant, inimaginable et surréaliste où s'attèlent au travail trois informaticiens sur à peine 10m2. Et pourtant j'aperçois un écran arborant un Windows XP de lumineux pixels en toile de fond.

Mon téléphone est prêt à l'emploi avec sa jolie puce trouvée chez Maroc Télécom, assortie d'une clé 3G pour me connecter. J'avais tenté Inui en amont, l'autre concurrent, sur les conseils du taxi rouge (le transport local à quelques dirhams la course). Drôle de rencontre chez Inui, inouïe même. Le vendeur à peine pubère, après moults mensonges sur les abonnements potentiels, me suggère de couper la grande puce qu'il me propose, pour pouvoir l'insérer dans mon iPhone. My goodness!

Un vendredi au soleil, m'enfin le voici inondant la ville. Au diable le gris des façades, le blanc éclatant est de retour pour ne point trahir "Casa la blanche". Belle vue le soir de la terrasse, j'aperçois enfin l'océan et contemple le cafouillis des toits envahis de paraboles.

Immersion nouvelle hier, samedi. Après une journée bien chargée, découverte du marché quartier Bourgogne, près du 7ème arrondissement, un quartier populaire bondé d"échoppes. Des spécialistes des produits ménagers, des spécialistes des produits de beauté, des spécialistes de Tout par excellence, le tout charbonné, sur une superficie digne d'un nain de Lilliputh. Ce marché, ouvert toute la nuit, s'avère formidablement intéressant humainement et photographiquement parlant. De jolies mamies assises depuis l'aurore sur leur seau, vendent de la menthe, d'autres du persil et de la coriandre, d'autres encore gardent leur carriole de tomates du jardin. Des hommes secs et sans âge proposent des variétés d'olives à n'en plus finir. Je m'arrête au hasard pour prendre des galettes toutes chaudes à rouler dans du miel, puis des figues bien juteuses et bien charnues, des courgettes, des navets, etc... de quoi remplir le ventre de mon frigo. Sur le chemin du retour, flemmardant dans des ruelles alentours, j'aperçois un hammam. Ce dimanche après-midi, immersion totale dans un univers purement féminin de ce fameux Institut. De la belle à marier, à l'aïeule, elles sont toutes impudiques, rondes et résolument féminines, bavardes et accueillantes. Je suis prise en charge comme un oisillon venu se reposer dans son nid douillet.

L'océan n'est pas loin, je pars en fin d'après midi, pour une balade sur la corniche, trop bondée, zigzags obligés entre les familles s'adonnant à leur promenade dominicale. Les frontons des immeubles sont majestueux, les villas opulentes. Les fast food s'y sont nichés, Mc Do s'offre une avancée sur la mer digne d'un Carlton. Ils sont bien garnis les cafés branchés le long de la plage, où la jeunesse vient se montrer dans ses atours labellisés. Je me rends finalement compte que les femmes ne se promènent pas seules. Un inconnu à la voix vieille me tanne au téléphone depuis quelques heures, je ne comprends rien et ses textos sont indéchiffrables..

"miss you honeys!". Un keep in touch pour la majorité d'entre vous, que je n'ai pas eu le temps de prévenir.
La raison de ces longues phrases ce soir, jetées à la volée des souvenirs déjà rangés.
Mille jolies pensées à vous. A la rose, à la menthe...

Marie

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